En angioplastie coronaire, l’arrivée sur le marché de nouveaux stents actifs, plus efficaces et prometteurs, modifiait il y a peu le jeu des dispositifs, et provoquait une réaction troublante de la part de l’industrie médicale.

Dans le cadre du traitement de la resténose, le remplacement d’un stent actif par un autre en terme de recommandation ne pourrait être justifié que par des résultats d’étude concordants. Or ces études ne peuvent être faites: les anciennes moutures ont des résultats confirmés à très long terme, et les cohortes statistiques qu’il faudrait mobiliser pour en modifier les usages seraient trop importantes et trop onéreuses pour que l’expérience vaille le coup d’être tentée.

 

Les nouveaux stents actifs n’ont pas la puissance statistique pour s’imposer rationnellement sur ce marché de la resténose. Ainsi les anciens dispositifs gardaient-ils l’indication première malgré des résultats cliniques plus ou moins contestés – et en France, ils gardaient en sus le remboursement.

 

On l’a vu, deux stents, disons SES et PES, avaient prouvés leur efficacité, détenus par deux grandes compagnies mondiales globalisées. Mais les progrès techniques des nouveaux stents actifs cette fois-ci dans d’autres domaines – néo lésion, traitement de l’infarctus, patients tritronculaires, lésions graves – poussaient l’une de ces deux compagnies à abandonner son produit, jugé dépassé par son propre conseil d’administration, pour se concentrer sur la recherche et le développement des produits à venir: l’ancienneté du dispositif le condamnait sur l’autel du marché.

 

Ce qui veut dire en termes clairs qu’un ancien produit qui a fait la preuve de son efficacité et qui a statistiquement banni tous ses concurrents n’est pas nécessairement le meilleur, des dires mêmes de ses concepteurs. Quand bien même, il ne peut plus être utilisé: le voilà supprimé. C’est un aveu qui amène d’autres réflexions. Car d’autre part, les produits plus efficaces voient leur utilité retardée: c’est la règle de mise sur le marché qui prévaut, mais qui dysfonctionne lorsque les études statistiques sont une barrière protectionniste dans cette guerre économique. Pendant ce laps de temps, ces nouveaux stents pourraient eux-même devenir inefficaces avant même d’être recommandés, au regard des autres produits qui arrivent bientôt ou qui sont encore en développement – c’est le pari de notre compagnie globale, celle qui retire son dispositif.

 

Et dans notre exemple encore on se retrouve devant une situation complètement inédite: alors que les nouvelles moutures attendent d’être autorisée, dans ce cas très précis, il ne reste plus qu’un seul système recommandé et remboursé parmi les deux qui se partageaient le marché – le PES. C’est embarrassant: le seul produit autorisé n’est pas le plus efficace, mais il n’a plus de concurrence approuvée. Les nouvelles plateformes sont arrivées à prouver leur efficacité par rapport à leurs prédécesseurs, mais les anciennes gardaient strictement les indications sur certains segments, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une. Et nous en sommes arrivés à cette situation désagréable: la voix de la raison et le principe de précaution qui jusqu’ici avaient prévalu ne sont plus les seuls critères qui guident la main du praticien.