Le mode de mise sur le marché d’un médicament doit décider de la commercialisation d’un produit qui aura demandé beaucoup d’investissement. Et en cas d’échec, pas question de renoncer sitôt pour autant: il va falloir bien trouver pour une molécule désignée un mode d’action compatible avec de grandes ambitions. 

Bien entendu c’est prendre le problème à l’envers. Observons le fonctionnement. Si un médicament n’est pas nuisible, il risque tout au moins d’être inefficace. Là, l’analyse statistique par sous-groupe tentera encore de lui trouver une niche dans laquelle il semblera moins inutile. Si B ne soigne pas mieux que A sur le groupe t(C+D) testé, et que l’on n’a pas eu la présence d’esprit de le comparer au moins à un autre médicament aux effets plus discutables, affinons les résultats et supprimons les sous effectifs D – on a vu ça avec les traitements anti hypertenseurs par exemple, qui regorgent de sous groupes et de médicaments auxquels se comparer.

 

Quantité de familles différentes de molécules sponsorisées par les quelques grands consortiums pharmaceutiques se disputent un marché très étendu où les traitements doivent être pris à vie. On imagine l’intérêt pour les laboratoires. Pour lancer un nouveau médicament sur le marché, il faut tout d’abord se positionner sur une population cible particulière – par exemple les patients hypertendus de plus de soixante ans qui ont du cholestérol. On définit statistiquement la population que l’on doit étudier, et le nombre de sujets cobayes, ou patients, qui seront testés, en fonction des bénéfices probabilistes escomptés. Puis sur ce segment, il faut se comparer au traitement de référence qui a déjà un résultat honorable, et dont surtout on connait les effets secondaires (négligeables). Soit notre nouveau produit fait mieux, et il remplacera le premier, soit dans la plupart des cas on ne retrouve pas de différence statistiquement significative. Cela ne veut pas dire qu’il est inférieur en terme de résultat, mais il faudrait peut-être plus de patients et des cohortes plus larges, des exercices de calculs plus approfondis pour arriver à prouver cette différence à laquelle on s’attendait pourtant.

 

Or les frais du développement sont considérables.

 

L’industrie privilégie alors une option dont le rendement a prouvé son efficacité. L’étude des sous-groupes peut retrouver cette différence attendue chez disons des patients entre soixante et soixante dix ans, hypertendus, diabétiques et dont les chiffres de cholestérol sont plus de quatre fois supérieurs à la moyenne par exemple. Cela suffit. Le nouveau médicament vient de trouver son segment de vente particulier. Quitte à créer de nouvelles recommandations au niveau des politiques de santé – qui se souciait jusque là dans le détail de la cohorte de ces patients spécifiés?  N’étaient-ils pas pour l’instant bien traités (sans trop savoir comment il est vrai)?

 

C’est un aveu d’impuissance. Selon ce schéma, ce n’est pas: à chaque patient son traitement particulier, comme on pourrait le souhaiter. C’est plutôt l’inverse: à chaque médicament son patient, comme on en vient à le craindre. Mais on ne sait toujours pas le mode de fonctionnement exact de la molécule, ni surtout pourquoi elle fait, ou pas, effet. Ce qui revient à dire que l’on ne sait pas ce que l’on soigne: la science ou l’homme?